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Depuis le 28 février 2026, les Émirats arabes unis font face à un déluge d’attaques terroristes iraniennes non provoquées, plus de 2 800 missiles et drones ciblant des infrastructures civiles, des aéroports et des zones résidentielles. L’agression a envoyé des ondes de choc bien au-delà de la région, faisant bondir les prix du pétrole de plus de 35 %, menaçant les routes maritimes qui approvisionnent l’Afrique, et posant une question cruciale aux pays enclavés comme le Tchad : dans quelle mesure cette guerre peut-elle nous affecter ? L’Ambassadeur des EAU au Tchad répond depuis N’Djaména.
- Excellence, depuis le 28 février, les Émirats arabes unis font face à des attaques iraniennes sans précédent, avec plus de 2 800 missiles et drones. Comment décririez-vous ce que vous traversez ?
Ce que les Émirats arabes unis ont vécu depuis le 28 février est sans précédent, tant par son ampleur que par sa nature. Nous avons subi plus de 2 819 attaques terroristes par missiles et drones, bien plus que tout autre pays, dont un grand nombre ciblaient délibérément des infrastructures civiles, notamment des zones résidentielles, des aéroports, des ports et des équipements de services essentiels. Ces attaques ont mis des vies innocentes en danger : 13 personnes ont tragiquement perdu la vie et plus de 200 ont été blessées.
En réponse, les EAU ont maintenu une posture de vigilance et de retenue. Notre priorité a été de protéger notre peuple et de préserver la stabilité, tout en appelant sans relâche à la cessation immédiate et inconditionnelle de ces attaques terroristes non provoquées. Comme Son Altesse Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères, l’a clairement affirmé : nous ne nous laisserons jamais soumettre au chantage des terroristes.
Il est important de rappeler qu’avant le déclenchement de cette guerre, les EAU avaient pris un engagement clair et de bonne foi : leur territoire ne serait pas utilisé pour lancer des attaques contre l’Iran. Cet engagement n’a pas été respecté par l’Iran.
Aujourd’hui, les EAU maintiennent le plus haut niveau de préparation opérationnelle. Nos systèmes de défense avancés et intégrés nous ont permis d’intercepter la grande majorité de ces menaces et de garantir la sécurité continue de tous ceux qui vivent aux Émirats. Nous continuerons à agir avec responsabilité, mais avec une détermination totale à défendre notre souveraineté et à protéger notre peuple, quelle que soit l’évolution de la situation. - 136 pays ont coparrainé la résolution 2817 du Conseil de sécurité. C’est historique. Qu’est-ce que cela dit de la position de l’Iran au sein de la communauté internationale ?
L’adoption de la résolution 2817 du Conseil de sécurité de l’ONU, coparrainée par 136 pays, est à la fois historique et sans équivoque. Elle reflète un large consensus international condamnant ces attaques non provoquées et exhortant l’Iran à cesser immédiatement et inconditionnellement toutes les menaces contre ses voisins, y compris celles exercées par l’intermédiaire de ses mandataires.
Cette position a été renforcée au sein de multiples instances internationales. L’Organisation maritime internationale, soutenue par plus de 115 États membres, a également condamné les menaces pesant sur la sécurité maritime et souligné l’impératif de préserver la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Le Conseil des droits de l’homme a adopté par consensus une résolution historique de l’ONU, coparrainée par plus de 100 États, portant sur les implications des attaques iraniennes en matière de droits de l’homme, condamnant l’Iran et l’appelant à fournir réparation pleine, effective et prompte à toutes les victimes pour les préjudices et pertes résultant de son agression.
Parallèlement, l’Organisation de l’aviation civile internationale a également fait part de sérieuses préoccupations concernant les risques pour la sécurité de l’aviation mondiale. Prises ensemble, ces actions envoient un message clair et uni : la communauté internationale ne tolérera pas les attaques contre la souveraineté, les civils ou les infrastructures critiques.
Il convient de noter que les EAU apprécient profondément le large soutien international reçu de plus de 179 pays et organisations internationales, qui ont condamné ces attaques non provoquées et réaffirmé leur pleine solidarité avec les EAU, soulignant l’importance de la clarté et de la fiabilité entre partenaires internationaux.
Dans ce contexte, les EAU valorisent particulièrement la position de principe de partenaires tels que le Tchad, dont le Président, Son Excellence Mahamat Idriss Déby Itno, a personnellement transmis la condamnation de son pays au Président des EAU, Son Altesse Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, et réaffirmé la solidarité du Tchad avec les Émirats. Les EAU continuent de souligner l’importance des positions claires et des partenariats de confiance pour traverser ce moment. - On parle de cessez-le-feu dans certaines capitales. Mais les EAU ont été très clairs : un simple cessez-le-feu ne suffit pas. Pourquoi ? Et à quelles conditions seriez-vous prêts à en accepter un ?
Les EAU suivent de près les discussions entre Washington et Téhéran à la suite de l’annonce d’un cessez-le-feu par le Président américain Donald Trump, et nous cherchons à obtenir des clarifications sur tout cadre proposé afin de nous assurer qu’il garantisse une cessation des hostilités genuine et vérifiable de la part de l’Iran.
Notre position est néanmoins claire : un cessez-le-feu isolé ne suffit pas. Des pauses temporaires, tant que les attaques se poursuivent ou que les menaces sous-jacentes ne sont pas traitées, ne constituent pas une désescalade. Tout résultat durable doit prendre en compte l’ensemble des risques posés par l’Iran, notamment son programme nucléaire, ses capacités en missiles et en drones, les activités de ses mandataires et groupes terroristes affiliés, ainsi que les menaces pesant sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
La responsabilisation est également essentielle. Il doit exister une responsabilité claire pour les dommages infligés et des mécanismes pour prévenir toute nouvelle escalade.
Dès le départ, les EAU ont agi avec retenue et responsabilité. Nous n’avons pas cherché cette guerre et continuons à donner la priorité à la stabilité. Cependant, notre retenue ne doit jamais être interprétée comme une faiblesse ; nous n’accepterons ni coercition ni intimidation. Comme l’a clairement déclaré Son Altesse Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères : « nous ne nous laisserons jamais soumettre au chantage des terroristes. » - Le détroit d’Ormuz représente un cinquième de l’approvisionnement énergétique mondial. La menace de sa fermeture a fait bondir les prix du pétrole de plus de 35 %. Quel est le véritable coût économique de cette crise pour le monde ? L’Afrique est parmi les régions les plus exposées, une part significative de ses importations, marchandises, carburant, engrais, transitant par des hubs comme Dubaï. Comment les pays africains sont-ils spécifiquement affectés ? Il n’est pas exagéré de dire que le détroit d’Ormuz est une pierre angulaire de l’économie mondiale. Environ 20 % des approvisionnements énergétiques mondiaux y transitent chaque jour, ainsi qu’approximativement 30 % des engrais essentiels à la production alimentaire mondiale. Toute perturbation de ce corridor a des conséquences immédiates et considérables. On estime que 25 % des flux mondiaux de gaz et près de 70 % de la production pétrochimique du Golfe empruntent ce passage stratégique, aux côtés de biens essentiels reliant les marchés des différents continents.
Même une instabilité limitée a déjà provoqué de fortes hausses des prix de l’énergie, perturbé les chaînes d’approvisionnement et augmenté le coût de l’assurance maritime et de la logistique. Ces pressions se répercutent sur l’ensemble de l’économie mondiale, affectant le transport, l’industrie et la production alimentaire.
Le fardeau, cependant, n’est pas équitablement réparti. Si les économies avancées peuvent absorber les chocs à court terme, c’est dans les pays du Sud, notamment en Afrique, que l’impact est le plus lourd, beaucoup de pays dépendant de routes d’approvisionnement stables pour leur carburant, leur alimentation et leurs biens essentiels.
Dans ce contexte, les EAU continuent de jouer un rôle stabilisateur en tant que hub mondial de logistique et de distribution, contribuant à maintenir le flux de fournitures critiques vers les régions vulnérables.
La weaponisation d’un corridor maritime aussi vital n’est pas une question régionale, c’est un défi lancé à l’ensemble du système international. La protection des routes commerciales mondiales doit demeurer une responsabilité partagée. - Malgré les attaques, l’économie émiratie reste stable : une notation AA de S&P, un excédent budgétaire moyen de 5,6 % du PIB et des fonds souverains de 2 490 milliards de dollars. Comment est-ce possible ?
Malgré des attaques soutenues, l’économie des EAU est restée stable, résiliente et profondément intégrée au système mondial. Cette résilience n’est pas le fruit du hasard, elle résulte de décennies de diversification, d’ouverture et d’une politique visionnaire. Des partenariats solides avec les marchés internationaux et un environnement des affaires hautement compétitif nous ont positionnés pour naviguer dans les défis actuels et protéger les investissements des secteurs public et privé. Les tentatives de faire pression ou d’intimider les EAU n’altéreront pas cette trajectoire.
Il est important de souligner que nos priorités économiques à long terme et nos stratégies d’investissement restent fermement sur la bonne voie.
L’ampleur de l’agression à laquelle nous avons fait face, le lancement par l’Iran de 2 819 missiles et drones vers les EAU n’a pas perturbé les fondamentaux de la vie quotidienne ni de l’activité économique. Les écoles et les hôpitaux continuent de fonctionner, les flux commerciaux transitant par nos ports restent ininterrompus et la connectivité aérienne a été maintenue. Au cours de la seule première moitié du mois de mars, plus de 1,4 million de passagers ont transité par les aéroports des EAU.
Le message adressé aux investisseurs, aux entreprises et aux voyageurs est clair : les EAU restent pleinement ouverts, opérationnels et sécurisés.
Cette stabilité repose sur de solides fondamentaux économiques. Les secteurs non pétroliers représentent environ 75 % du PIB, tandis que les actifs souverains d’environ 2 490 milliards de dollars placent les EAU parmi les plus grands investisseurs mondiaux. Parallèlement, nous continuons d’approfondir nos partenariats économiques avec les principaux marchés mondiaux et de renforcer notre position en tant que hub international d’affaires de premier plan.
Des mesures ciblées sont également mises en œuvre pour renforcer la résilience. Le gouvernement de Dubaï, par exemple, a annoncé un milliard de dirhams de mesures de soutien pour renforcer la préparation et assurer une réponse rapide aux besoins évolutifs.
Les données récentes confirment cette solidité : l’économie de Dubaï a progressé de 5,4 % en 2025, et le PIB a dépassé 937 milliards de dirhams démontrant notre capacité à maintenir la dynamique même dans des conditions difficiles.
Plus largement, ce qui est mis à l’épreuve n’est pas seulement la résilience économique, mais le modèle même des EAU fondé sur la coexistence, l’ouverture et la croissance à long terme. Ce modèle demeure intact.
Nos investissements, notre agenda économique et notre détermination à réussir en toutes circonstances restent inébranlables. Portés par des institutions solides, un leadership déterminé et une société résiliente, les EAU continueront non seulement à résister, mais à croître et à prospérer. - Les EAU sont présents au Tchad depuis des années via l’aide humanitaire, la diplomatie et les investissements. Cette crise renforce-t-elle ou affaiblit-elle cet engagement ?
Le partenariat des EAU avec l’Afrique se traduit en actions concrètes. Aujourd’hui, nous figurons parmi les premiers investisseurs mondiaux sur le continent, ce qui témoigne de notre confiance dans la croissance et le potentiel à long terme de l’Afrique. Ces dernières années, nous avons conclu plus de 35 Accords de partenariat économique global (APEG) dans le monde entier, dont neuf avec des économies africaines. Ces accords vont au-delà du commerce : ils servent de plateformes pour l’innovation, l’investissement et une intégration économique plus profonde.
Parallèlement, à travers notre initiative « Développement de l’IA en Afrique » dotée d’un milliard de dollars, lancée lors du Sommet du G20 en Afrique du Sud, nous investissons dans les technologies qui façonneront l’avenir, en soutenant des projets qui renforcent les écosystèmes numériques, font progresser le développement économique et social, et ouvrent de nouvelles voies pour une croissance durable.
Aujourd’hui, notre engagement s’étend à plus de 50 pays africains et couvre des secteurs clés tels que l’énergie durable, la sécurité alimentaire, les infrastructures, l’éducation, la transformation numérique, l’intelligence artificielle et la santé des domaines essentiels tant pour le développement économique que pour la résilience à long terme.
Ce partenariat dépasse la simple géographie. Il s’enracine dans des liens historiques, culturels et humains de longue date, et a évolué pour devenir une relation forte et dynamique définie par la confiance mutuelle, le respect réciproque et une ambition commune de promouvoir la prospérité.
Notre position est claire : ce conflit ne perturbera pas nos engagements stratégiques ni nos intérêts à long terme. Les investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables, la logistique et la connectivité numérique continueront d’ancrer notre vision partagée pour le Sud global.
Les EAU continueront d’agir en tant que partenaire fiable et de long terme pour l’Afrique, dans le cadre d’une coopération qui favorise la prospérité mutuelle. Nous ne tendons pas simplement la main, nous construisons des ponts vers un avenir partagé pour les générations à venir. - Le Tchad accueille près de 700 000 réfugiés. Les Émirats comptent parmi les plus grands donateurs humanitaires de la région. Cette crise risque-t-elle de détourner des ressources et de réduire l’aide au Tchad ?
Notre engagement envers les populations vulnérables reste indéfectible, même en période de crise. Si anything, de tels moments renforcent l’importance de la stabilité, de l’aide humanitaire et de la sécurité collective en tant que priorités interdépendantes.
Cet engagement se reflète dans notre présence continue en Afrique, qui demeure un axe central de l’aide extérieure des EAU. Au cours de la dernière décennie, le continent a représenté environ 40 % de l’assistance extérieure totale des EAU, soit environ 20,9 milliards de dollars en soutien au développement et à l’aide humanitaire.
Ces efforts continuent d’être déployés en étroite collaboration avec des organisations internationales, avec un fort accent sur des priorités mondiales clés telles que l’éducation et la santé. - Excellence, un dernier mot. Quel message les Émirats arabes unis adressent-ils à l’Afrique et au Tchad en particulier, depuis N’Djamena, aujourd’hui ?
La vie aux Émirats arabes unis se poursuit avec stabilité et résilience. Les citoyens et résidents vaquent à leurs occupations quotidiennes, les commerces restent ouverts et le secteur du tourisme continue d’accueillir des visiteurs dans le cadre de solides mesures de sécurité. Les EAU maintiennent le plus haut niveau de préparation opérationnelle, soutenus par des capacités de défense avancées et intégrées qui assurent la protection du pays en toutes circonstances.
Cette force repose sur des institutions solides, un leadership déterminé et une société résiliente, incluant une communauté africaine dynamique. Les EAU accueillent plus de 200 nationalités qui ont fait des Émirats leur foyer, contribuant dans des secteurs clés et jouant un rôle central dans notre progrès continu.
Dans ce contexte, la relation EAU-Tchad demeure profondément enracinée et durable, bâtie sur de forts liens humains et un engagement partagé en faveur de la coopération et de la prospérité mutuelle.
Nous avançons avec confiance, clarté et une capacité renforcée à construire un avenir positif. Notre résilience continue de consolider le modèle des EAU : stabilité, croissance et prospérité partagée. Entretien réalisé par Mahamat Adoum Issa

