#Tchad : Va-t-on vers le musèlement des libertés de manifester ?

Depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux et dans les médias, une polémique autour des manifestations est vive et continue par prendre de l’ampleur.

Alerte sur l’infiltration des terroristes, risques de débordements ou simplement raison sécuritaire, l’ombre de l’interdiction systématique de toute manifestation pacifique plane sur les protestataires de plus en plus nombreux.

Depuis la marche du 14 mai dernier contre l’ingérence de la France dans les affaires intérieures du Tchad, les relations entre le pouvoir et la rue incarnée par la plateforme Wakit tamma, se sont davantage dégradées. L’arrestation des leaders de la protestation et leur déportation à la prison de Moussoro au nord du pays, n’a fait que alimenter la tension.

Alors que les leaders de Wakit tamma sont toujours en prison, l’organisation a appelé ses sympathisants à une marche pour aller continuer de protester contre la politique de la France au Tchad mais aussi pour exiger la libération des personnes arrêtées et placées sous mandat de dépôt par la justice. Le gouvernement a d’abord refusé de recevoir la demande d’autorisation de la marche avant de l’interdire par un arrêté le 27 mai, la veille même de l’événement.

Dans la foulée, Wakit tamma décide de se soumettre à cette interdiction mais promet une autre marche.
« En suspendant la marche du 28 mai, Wakit Tamma a pris une sage décision qui le sort d’embarras », écrit sur Twitter, Saleh Kebzabo, ancien chef de file de l’opposition sous Déby père, aujourd’hui vice-président du Comité d’organisation du Dialogue national inclusif (CODNI). Braver cette interdiction aurait certainement engendré une forte répression des forces de l’ordre déployées en grand nombre dès la veille, le 27 mai.

Mais pour le Professeur Djona Avocksouma, président du parti les Démocrates, membre de la plateforme Wakit Tamma, il ne fallait pas. « Je ne peux comprendre qu’un arrêté puisse être au dessus de la constitution qui reconnaît la légalité des marches pacifiques », s’insurge-t-il sur Facebook.

Comme pour répondre, le premier ministre de transition, Pahimi Padacké Albert, lors d’une rencontre avec les organisations féminines, indique que le gouvernement interdit cette manifestation « en raison de risques sécuritaires consécutivement aux soupçons d’infiltration des terroristes dans la capitale (N’Djamena) ». Le Premier ministre fait allusion à une alerte, il y a quelques jours, de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) sur « l’infiltration de trois terroristes dans la ville de N’Djamena, sans aucune autre précision ». Troubles à l’ordre public, sécurité des biens et personnes ou possibles attaques terroristes, les justifications sont-elles suffisantes pour décider d’une interdiction formelle de toutes les manifestations jusqu’à la fin de la transition ?

Dans un deuxième tweet, Saleh Kebzabo, qui joue dans le camp de la junte en conduisant le processus de la tenue du dialogue, n’est pas passé par le dos de la cuillère. « Le ministre de la sécurité doit systématiquement et strictement interdire toutes les futures manifestations sans exception, jusqu’à la fin de la transition ». Une déclaration qui a déclenché une vive polémique. Pour de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux, il est inconcevable que Saleh Kebzabo puisse suggérer de telles décisions à un régime de transition qui ne serait là que par la volonté des locataires de l’Elysée.

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