⏱ Temps de lecture : 3 min
Le Soudan franchit ce vendredi le cap tragique des 1 000 jours de conflit armé entre factions militaires rivales, avec un bilan humanitaire qui constitue désormais la plus grave crise alimentaire et la plus importante situation d’urgence en matière de déplacements de population au monde.
Depuis avril 2023, les affrontements opposent les forces armées soudanaises (FAS) aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). « Chaque jour, les civils paient le prix d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie », a déclaré le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
Les dernières données onusiennes révèlent l’ampleur du désastre : 9,3 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, tandis que plus de 4,3 millions ont fui à l’étranger, exerçant une pression considérable sur les pays voisins. Plus de 21 millions de Soudanais souffrent d’insécurité alimentaire aiguë.
Bien que certains déplacés soient retournés à Khartoum, la capitale reste dangereuse, notamment en raison des munitions non explosées. Dans l’ouest du pays, au Kordofan, les combats se poursuivent « sur plusieurs fronts », a souligné Jens Laerke, porte-parole d’OCHA, à Genève.
Les villes de Kadugli, capitale du Kordofan du Sud, et de Dilling sont assiégées et isolées, limitant l’accès de la population à la nourriture, aux soins de santé et aux marchés. Au Darfour, « les combats au sol et les attaques de drones se poursuivent », accompagnés de frappes de longue portée sur les infrastructures civiles.
Les enfants en première ligne
Huit enfants auraient été tués lors d’une attaque à Al Obeid, dans le Kordofan du Nord, en début de semaine. Selon l’Unicef, pas moins de 5 000 jeunes sont déplacés quotidiennement depuis le début du conflit.
« Beaucoup ont été déplacés non pas une seule fois, mais à plusieurs reprises, la violence les poursuivant partout où ils fuient », a déclaré Ricardo Pires, porte-parole de l’agence.
Des millions d’enfants, y compris des nourrissons, risquent d’être victimes de viols. « Derrière chacun de ces chiffres se cache un enfant, effrayé, affamé, malade et se demandant pourquoi le monde ne lui vient pas en aide », a ajouté M. Pires.
Les femmes subissent des violences et abus sexuels « généralisés ». Quelque 12 millions de personnes – principalement des femmes et des filles – sont exposées à la violence sexiste.
« Les ménages dirigés par des femmes sont désormais trois fois plus susceptibles d’être en situation d’insécurité alimentaire, et les trois quarts de ces ménages déclarent ne pas avoir assez à manger », a précisé M. Laerke.
Aide humanitaire insuffisante
La crise mondiale du financement humanitaire pèse lourdement sur les opérations. Seuls 36 % des 4,2 milliards de dollars demandés l’année dernière ont été financés par les donateurs.
Pour 2026, l’OCHA vise à venir en aide à 20 millions de personnes sur les près de 34 millions nécessitant une assistance humanitaire au Soudan, pour un budget estimé à 2,9 milliards de dollars.
« Notre appel est urgent : premièrement, une cessation immédiate des hostilités et des mesures concrètes en vue d’une paix durable. Deuxièmement, le respect du droit international humanitaire, avec un accès facilité à travers les lignes de conflit et la protection des civils, y compris les travailleurs humanitaires et les infrastructures civiles », a conclu M. Laerke
Apanews

