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Au terme d’une mission de dix jours au Tchad, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies, Mme Siobhán Mullally, a dressé ce jeudi 26 février à N’Djamena un bilan de la situation de la traite des êtres humains. Tout en saluant les efforts législatifs du gouvernement, l’experte onusienne exhorte les autorités à engager des réformes structurelles pour briser le cycle de l’impunité.
Mme. Siobhán Mullally affirme avoir mené plusieurs consultations dès son arrivée à N’Djamena en passant par le Koumra dans le Mandoul, et par les sites de réfugiés d’Adré dans l’Ouaddaï. Cette dernière a rencontré des autorités provinciales, forces de sécurité, agences humanitaires, chefs traditionnels et représentants de la société civile qui ont été entendus pour établir un diagnostic précis sur la traite, particulièrement celle touchant les femmes et les enfants.
Lors de son déplacement à Adré, la Rapporteuse spéciale a recueilli des témoignages profondément troublants de réfugiés soudanais. Elle y a dénoncé une traite étroitement liée au conflit, notamment les violences sexuelles, les travaux forcés, les mariages précoces et le recrutement d’enfants par des groupes armés.
« Le recrutement d’enfants constitue une forme de traite qui viole gravement le droit international », a-t-elle rappelé.
Elle a également souligné que l’insécurité persistante dans le bassin du lac Tchad exacerbe ces risques, tout en promettant un soutien à long terme pour la démobilisation des anciens membres de Boko Haram et la fin du recrutement des mineurs dans les forces armées.
Mme Siobhán Mullally a tenu à saluer l’approche coopérative des autorités tchadiennes, tout en félicitant le gouvernement pour l’adoption d’une législation spécifique contre la traite ; le lancement d’un Plan d’action national ; la création d’une Commission nationale de lutte contre la traite ; et l’accueil exemplaire de plus de 1,5 million de réfugiés.
Toutefois, l’experte onusienne, Mme Siobhán Mullally a tempéré ces progrès en pointant du doigt les défaillances du système judiciaire et sécuritaire. « Dans les lieux visités, des enfants sont soumis à l’exploitation sexuelle sous un haut niveau d’impunité », s’est-elle indignée. Elle a notamment cité le cas des garçons vendus à des éleveurs de bétail ou enlevés dans le cadre de conflits communautaires, particulièrement dans le Moyen-Chari.
Pour la Rapporteuse spéciale, Mme Siobhán Mullally, le cadre légal reste lettre morte sans une application rigoureuse.
Elle identifie trois obstacles majeurs, notamment la corruption, la faible application de l’État de droit et le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire.
« Sans une réforme complète de la justice et du système sécuritaire, l’impunité persistera », a-t-elle martelé.
À travers la Rapporteuse Spéciale, l’ONU réaffirme son engagement à accompagner le Tchad vers des actions concrètes pour éliminer définitivement ce fléau des temps modernes.
Ali Moussa

