⏱ Temps de lecture : 3 min
« Monsieur, l’accès aux toilettes est payant », lance un jeune homme habillé d’une blouse bleue, assis sur une chaise devant des toilettes publiques au Centre Hospitalier Universitaire La Référence de N’Djaména à une dame accompagnant un de ses proches malades.
C’est le cas dans les hôpitaux publics de la capitale, l’accès aux toilettes est payant pour les gardes-malades et les patients. Le montant fixé est de 100 francs CFA.
Cette situation provoque parfois des tensions et des incompréhensions entre les gardes-malades et les gérants des toilettes installées dans les structures sanitaires.
Au service des urgences du Centre Hospitalier Universitaire La Référence de N’Djaména, les gardes-malades, contraints de veiller jour et nuit sur leurs proches hospitalisés, voient chaque besoin naturel se transformer en épreuve financière.
« Nous passons parfois plusieurs jours, voire des semaines ici. Nous payons les ordonnances, les examens, les médicaments… et maintenant même les toilettes. C’est une charge de trop pour nous », confie Amina, garde-malade d’un patient admis dans un état critique.
Le regard fatigué, elle explique devoir parfois se retenir pendant des heures faute d’argent. Même les urines des patients doivent être payées avant d’être jetées. « Une réalité choquante pour de nombreuses familles déjà fragilisées par les coûts élevés des soins », lâche un visiteur.
Pour Mahamat, garde-malade depuis cinq jours, « le vrai problème n’est pas seulement le paiement, mais le montant. Si c’était 25 francs ou 50 francs CFA, on pourrait comprendre pour éviter les désordres. Mais 100 francs à chaque fois, c’est trop ». Une somme qui peut sembler modeste, mais qui devient lourde lorsqu’elle s’accumule au fil des jours.
En outre, dans certains hôpitaux, des tensions fréquentes entre les agents de protection et de sécurité (APS) et les gardes-malades sont régulièrement signalées, avec des disputes verbales, parfois sous le regard inquiet des patients. « Nous ne voulons pas créer de problèmes. Parfois, nous n’avons que 50 francs CFA en main pour jeter les urines des patients ou pour nous soulager, mais les gérants refusent. La maladie est déjà un combat, inutile d’en ajouter d’autres », déplore un garde-malade.
Face à ce calvaire quotidien, un appel pressant est lancé au gouvernement tchadien, particulièrement au ministère de la Santé publique ainsi qu’aux responsables des hôpitaux concernés, afin de revoir urgemment cette mesure.
« Dans les hôpitaux publics, la priorité doit rester la compassion, l’humanisme et la dignité des patients et des gardes-malades. Car soigner, c’est aussi alléger la souffrance, et non l’alourdir », souligne un garde-malade.
Sagnoudji Francine

